Lundi 29 juin 2009 1 29 /06 /Juin /2009 07:35

Qu’est-ce qu’une bonne  bande dessinée ?  Partant de l’idée que la BD est un équivalent du cinéma sur le papier, ou de la constatation qu’une séquence de signes produit invariablement une sorte de récit, les amateurs de feuilletons affirmeront qu’il faut d’abord un bon scénario, ensuite un  bon scénario et enfin un bon scénario. A l’opposé, considérant que le « 9e Art » appartient au monde de l’image, les fanatiques du l’illustration défendront que l’intérêt d’une BD repose sur son travail graphique et que la qualité du dessin est primordiale. Entre deux, on peut imaginer une tendance synthétique  qui  assimilera cet art à la coexistence d’un bon récit et de belles images. Vous vous doutez cependant que je ne me satisfais pas d’un concept aussi réducteur.  Depuis longtemps, je suis convaincu que la BD possède un langage spécifique et que son charme résulte de l’utilisation intelligente de ses propres règles.

Cette introduction bien imprudente va t-elle m’embarquer  dans une difficile réflexion théorique sur « l’essence de la BD » ?  Rassurez vous, je n’entreprendrai pas de  définir cette « introuvable spécificité », pour reprendre le titre d’un article mémorable de Thierry Groensteen (autrefois publié dans les Cahiers de la BD). J’utiliserai simplement (et sans le discuter) le terme de « séquence d’images » selon la conception de Scott McCloud, en admettant qu’il s’agit d’une suite de dessins destinée à transmettre des informations ou à créer une émotion esthétique.  Je n’allongerai pas plus ce préambule théorique mais il correspond bien aux idées qui me viennent en tête lorsque je relis aujourd’hui la Nef des Fous, cette longue série dessinée par Turf qui vient de trouver sa conclusion après 17 ans d’attente.


La lecture de cette œuvre a suscité des émotions changeantes au fil des années, et c’est ainsi que je suis passé de l’indifférence polie à la curiosité, puis à l’admiration naïve (et même une « collectionnite » passagère) avant d’évoluer vers une interrogation  sceptique, puis une fatigue manifeste et une déception inavouée pour se terminer tardivement par une réconciliation partielle. Conçue au départ  comme une histoire complète, l’aventure a été « recalibrée » sous la forme de deux albums par la volonté de l’éditeur, puis l’auteur l’a prolongée en une interminable saga. La Nef des Fous s’est ainsi hypertrophiée pour devenir une sorte de pavé encombrant, une BD au ton personnel qui assume difficilement son succès commercial. L’attente interminable des derniers albums a fait perdre patience à bon nombre de lecteurs et si la série garde encore sa petite cohorte d’admirateur, elle connait maintenant une période de recul.  L’absence actuelle de textes critiques confirme ce désamour qui me semble proche du mépris.

Cette saga nous fait découvrir un monde aussi poétique qu’intriguant, tour à tour médiéval, mécanique et grotesque, qui se nomme le royaume d’Eauxfolles. Ce pays se situe au fond de la mer et il est recouvert d’une cloche métallique. On y trouve une petite ville et un château élancé sur les pentes d’une colline et l’ensemble baigne dans une lumière bleutée ou verdâtre.


Dans le premier volume, le lecteur est confronté à plusieurs intrigues parallèles qui dispersent l’action et il faut faire un effort permanent pour reconstruire l’ensemble. Le récit principal se déroule bien sûr à Eauxfolles et on pourrait le résumer  par un long affrontement entre le roi Clément, un petit bonhomme rondouillard vêtu d’un pyjama à rayures, et son ministre Ambroise qui porte le titre de Grand Coordinateur. Semblable à Iznogoud, Ambroise complote pour prendre la place du  débonnaire souverain.


Un deuxième fil narratif suit la destinée de Chlorenthe, la fille du roi. Elle est poursuivie par les assiduités d’Ambroise et lui préfère Arthur, le jeune bouffon. Une vieille légende affirme que les oiseaux ne peuvent pas voler à Eauxfolles et la malédiction se confirme à nouveau. En atteignant cette page, qui montre un château d’allure médiévale, un oiseau aux yeux écarquillés, un roi à barbe blanche et une belle princesse blonde, j’ai aussitôt pensé au  Roi et l’oiseau, le poétique dessin animé de Paul Grimault. Notons toutefois que Turf affirme ne jamais s’être inspiré de cette œuvre.


Une troisième intrigue met en scène deux policiers aux uniformes excentriques,  qui s’appellent Baltimore et « le sergent ». Ils enquêtent au départ sur un trafic de coloquintes et tout au long des sept albums de la série,  ils sillonnent la ville, explorent la campagne, surveillent le château et explorent ses souterrains sans obtenir de résultat significatif. Ils n’influencent jamais les autres événements de manière tangible et vivent des aventures fantaisistes. Ce singulier nom de Baltimore se réfère de façon évidente à une histoire de Fred autrefois publiée dans Pilote (la dernière cigarette de Victor Baltimore). Il est probable que cette allusion représente un hommage de l’auteur à celui qui constitue une de ses sources  d’inspiration.


 
A côté de ces aventures classiques, une quatrième « scène » se déroule dans les souterrains d’Eauxfolles. On y découvre un curieux personnage vivant dans une chambre baignée d’une lumière rouge. Il est le véritable maître de ce pays dont il connaît tous les secrets et il se montre capable d’intervenir sur les événements, en envoyant des robots intelligents pour combattre les projets d’Ambroise ou pour venir en aide à Chlorenthe. Son visage est recouvert d’un masque de carnaval et on ne sait rien de lui, mais on découvre le contenu de ses pensées qui reste énigmatique.


A ces quatre « trames» s’ajoute une autre ligne narrative plus discontinue, qui met en images les rêves du roi Clément ou d’Ambroise. Cette suite de séquences oniriques n’ajoute pas grand chose à l’histoire mais elle permet à Turf d’introduire un nouveau style graphique. On y découvre des personnages moins caricaturaux, aux allures enfantines et qui évoluent dans un monde irréel.


Dans le premier volume de la série, tous
les personnages sont pris dans une suite d’actions échevelées et l’addition de ces intrigues parallèles produit un récit à la densité intrigante. L’auteur multiplie par ailleurs les scènes humoristiques, les énigmes et les effets de mise en scène et termine son album par deux coups de théâtre. Il montre en premier le coup d’état du Grand Coordinateur, qui assomme le petit roi Clément et l’enferme dans un cachot, tout en faisant croire à sa mort.


Par ailleurs, poursuivis par les sbires d’Ambroise,  Arthur et Chlorenthe  s’évadent du royaume d’Eauxfolles. Turf l’illustre par une planche aussi ingénieuse qu’esthétique, qui révèle malicieusement la localisation sous-marine de ce monde.


Le deuxième tome de « la  Nef », intitulé Pluvior 627, prolonge les intrigues initiées dans le premier volume, sans créer de nouvelle surprise. C’est ainsi qu’Arthur et Chlorenthe se retrouvent dans
le monde de l’extérieur qui est dominé par un ciel rougeoyant. Ils y découvrent progressivement un peuple étrange, qui parle le « langage savant » et qui est divisé en plusieurs clans ennemis.


Devenu roi d’Eauxfolles, Ambroise accumule les caprices et sa jubilation annonce un comportement despotique. Dans cette magnifique planche, il se penche par la fenêtre et domine la cité du regard. Tout lui semble possible et la mise en page suggère qu’il pourrait même sortir du cadre de la vignette.


De leur côté, Baltimore et le sergent poursuivent leur enquête sans vraiment savoir ce qu’ils cherchent. Leurs errances paraissent être un prétexte qui permet d’explorer les endroits insolites d’Eauxfolles.


Dès le troisième album, intitulé Turbulences, les mêmes aventures se poursuivent de façon indépendante et l’intrigue s’affaiblit en même temps que l’intérêt se disperse. Ambroise se retrouve en face d’un adversaire redoutable qui est envoyé par le « maître » et qui se nomme le « prince putatif », tandis que Baltimore et le sergent se perdent dans une enquête sans fin. Arthur et Chlorenthe cherchent à survivre dans le monde extérieur et le « maître » leur envoie un robot pour les sauver. Ils échappent de justesse à la mort mais c’est finalement le robot qui devient la vedette de l’album.  Il combat une meute de « Schloumpfs » féroces et les extermine à la mitraillette et cette scène parodique me semble être la plus mémorable de Turbulences.


Au Turf
, le quatrième opus, prolonge ces intrigues séparées sans que l’auteur ne se décide à y trouver une issue. Le seul événement notable est la défaite d’Ambroise, qui est tombé dans un piège tendu par le « maître ». Pour le reste, le récit se poursuit de façon labyrinthique en sautant d’une intrigue à l’autre, et s’attarde sur des anecdotes insolites ou parodiques. Cette accumulation d’événements annexes crée à la longue une impression de vacuité du scénario, et une évidence finit par s’imposer. Loin de suivre une logique narrative, la Nef des Fous est surtout construite en fonction d’une ligne esthétique. C’est ainsi qu’après avoir construit une situation complexe, l’auteur préfère s’attarder sur de brèves digressions ou qu’il s’intéresse à de petits détails de mise en scène. Certaines pages (ou souvent des doubles pages) semblent d’ailleurs construites en fonction d’une idée graphique. Cette constatation s’impose dans la séquence suivante qui montre Ambroise lors de son petit déjeuner. Il s’y passe peu de chose mais Turf s’amuse à le raconter en fixant l’image sur le reflet d’Ambroise qui apparait dans un grille-pain argenté. L’idée est amusante, mais on peut y voir une forme de maniérisme (la planche entière est visible en cliquant sur l'image).


A ce stade, il ne reste au lecteur que le plaisir de contempler une suite de scènes aux couleurs contrastées et au message ironique. L’intérêt du récit s’efface derrière le plaisir visuel et le dessinateur apporte un soin particulier aux oppositions de couleurs. En tournant une page de l’album, l’intérêt n’est donc plus de savoir ce qui va survenir mais bien de découvrir comment cela sera dessiné. C’est ainsi qu’après une séquence souterraine qui baigne dans une obscurité verdâtre survient un voyage d’Ambroise dans une campagne illuminée, et qu’une exploration nocturne au sein de machines sombres et bleutées fait suite à une ballade forestière aux teintes humides. Cette dernière scène nous montre d’ailleurs un lièvre géant qui traverse soudain la route mais cet événement énigmatique n’aura jamais d’explication. L’image est belle et le reste importe peu.


Assumant cette primauté de la forme sur le contenu, la série se prolonge dès lors comme une suite de séquences insolites ou de traits d’humour et se présente comme un « Puzzle » (c’est le titre du cinquième volume) auquel il manque toujours les pièces les plus importantes. Certaines images doivent être longuement scrutées avant d’être comprises, d’autant plus que Turf joue avec les significations divergentes que peuvent apporter le texte et l’image. La vignette ci-dessous, placée au bas d’une planche, nous en donne un bon exemple. Un phylactère annonce l’entrée du roi et l’ensemble pourrait faire croire que c’est le chien dessiné en gros plan qui est en train de parler.


A la page suivante, un plan d’ensemble corrige cette illusion d’optique. Le dessinateur parsème ainsi son récit d’images trompeuses, qui apparaissent après coup comme des clins d’œil.


Malheureusement, je me rends compte que ces petites notes s’éternisent (à l’image du récit de la Nef des Fous) mais je vous promets de trouver une conclusion dans la seconde partie.

Par Raymond
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Lundi 8 juin 2009 1 08 /06 /Juin /2009 08:13

Je n’ai pas complètement compris ce qu’a fait Kurt Caesar pendant ses quatre années de silence. Dans un article du journal Il Dialogo, disponible à cette adresse,  j’ai appris qu’il est rentré en Italie en 1942 et qu’il a combattu au côté des partisans avant d’être emmené par les alliés dans un camp de prisonniers. Il  y reste plusieurs années puis obtient finalement l’étiquette de résistant. Il réapparait en 1947 dans le monde de la BD en publiant le retour de Ted dans le Vittorioso. Ce récit d’aventure emmène le héros au Tibet et permet à l’auteur de dessiner ses propres souvenirs. Tomaselli décrit un graphisme assez « frêle » mais cette planche retrouvée sur le Web ne me semble pas indigne de la réputation de l’auteur de « Romano ».


Je rappelle en passant qu’il faut cliquer sur les images pour voir les planches en entier.

Toujours pour le Vittorioso, il dessine en 1948 la valle della morte, un western qui n’a pas été traduit en France. Cette histoire a été reprise en album par l’éditeur Conti en 1975, et Tomaselli décrit de façon élogieuse ce « western d’opérette aux agréables couleurs pastel ». Je n’ai qu’une  petite photo insignifiante de cette BD mais elle m’incite à penser qu’il s’agit d’un simple western parmi d’autres.


Je m’attarderai plus longuement sur il Fondo al Mare, une histoire de 1948 également publiée dans le Vittorioso. Je possède une grande partie cette BD qui a été traduite et publiée dans Coq Hardi en 1950 (du N° 194 au 208) sous le titre « SOS Jalea ». Ce récit maritime se déroule pendant la deuxième guerre mondiale, et raconte la périlleuse mission d’un sous-marin chargé de couler un navire qui transporte de l’uranium. Il me manque malheureusement les deux premières pages et je commence avec cette planche qui montre le départ du sous-marin.


Je me demande dans quelle mesure Marijac (rédacteur en chef de Coq Hardi) a modifié le format des planches du Vittorioso. Il a dû les adapter à la taille de son journal et cela se remarque avec la présence (au mauvais endroit) de la note « continua» dans une vignette de la planche ci-dessus. La mise en page française comporte quatre ou cinq bandes de dimensions régulières et il me semble que les vignettes ne sont pas altérées. On peut y apprécier la finesse des décors dessinés par Caesar, de même que son usage habile du noir et blanc pour recréer l'intérieur étouffant du sous-marin.


L’intérieur du sous-marin, les tableaux de commande et les machines sont illustrés avec une remarquable précision. Je suppose que Caesar a voyagé une fois dans ce type de navire car ce qu’il dessine a un remarquable accent de vérité. 


Remarquons que l’action progresse lentement. Le scénariste s’attarde à décrire toutes les étapes des manœuvres qu’effectue le sous-marin et cela correspond à  une recherche de réalisme. Il ne fait pas intervenir de personnage pittoresque pour pimenter le récit et les hommes sont d’abord des soldats qui accomplissent son devoir. L’auteur utilise volontiers des récitatifs et les dialogues sont très factuels. Dans cette histoire de guerre, il n’y a pas de place pour les anecdotes personnelles.


L’auteur cherche donc à décrire la condition de vie de l’équipage mais il faut tout de même s'intéresser à l’intrigue. Le Jalea est un sous-marin anglais basé à Liverpool et le capitaine Samud reçoit l’ordre de couler un cargo de l'adversaire. Un espion s’empare des ordres de mission et indique à la marine ennemie le lieu fatidique qui lui permet de tendre un piège. Arrivé sur place, le Jalea est attaqué par quatre vaisseaux torpilleurs et doit s’immerger pour échapper à leurs canons. A 60 mètres de profondeur, il est effleuré par une bombe et le capitaine fait descendre le submersible encore plus bas. A 100 mètres de profondeur, l’équipage étouffe et se sent écrasé par la pression barométrique. Le commandant fait remonter son vaisseau à -80 mètres, pour calmer ses hommes, mais le sous-marin est touché par une bombe.


Caesar décrit avec minutie les efforts des sous-mariniers pour réparer le bâtiment. L’immersion prolongée a épuisé les réserves d’oxygène et la situation devient désespérée. Les marins continuent cependant à faire leur devoir et le récit exalte leur héroïsme.


Il faut du temps pour réparer le sous-marin avant de remonter en surface et l’oxygène manque. Les hommes commencent à s’effondrer mais le chef-torpilleur trouve une solution.


Dans l’édition du Vittorioso, le sous marin avait un pavillon italien et il combattait la marine anglaise. Il n’était pas question pour Marijac de montrer l’héroïsme des soldats fascistes et il a inversé les rôles. L’équipage du sous-marin devient anglais et  les noms sont modifiés.  Le capitaine est ironiquement nommé Samud, ce qui est l’inverse de Dumas (le véritable patronyme de Marijac).


Une fois réapparu en surface, le Jalea se retrouve au milieu d’une bataille navale et se fait attaquer par un torpilleur ennemi. Il me manque les dernières pages du récit et j’ignore comment cela se termine mais je crois avoir compris l’essentiel. On retrouve en effet dans cette histoire certaines caractéristiques des œuvres de Kurt Caesar, qui privilégie le documentaire par rapport au romanesque. Le dessinateur s’intéresse d’abord à l’exploration des limites du monde naturel, en célébrant le courage et l’esprit de discipline de ses personnages. Il accorde peu de place à la subtilité psychologique et les personnages ne peuvent être que des héros ou des traîtres.


Pendant les années 50, les œuvres de Caesar semblent suivre le même modèle que Il fondo al mare. Il dessine de nombreuses BD pour les illustrés italiens mais la plupart d'entre elles me sont inconnues. Il crée de nouvelles histoires d’aviation comme Il nibbio delle frontiere (l’aigle de la frontière), qui a été traduit dans Garry en 1954 et dont vous pouvez voir un extrait ci-dessous (trouvé dans Hop). Tomaselli dit le plus grand bien du Brigantino, une autre histoire maritime adaptée en France sous la forme d’un récit complet, ou de la Baïa delle nave perduta dont je n’ai aucune image. Pour trouver ces BD, il faut collectionner les fascicules en petit format comme Superboy ou Garry et surtout se contenter de voir des planches de taille réduite, remaniées et souvent enlaidies.


Caesar se tourne aussi vers l’illustration et celle-ci va prendre une place importante dans sa carrière. Son dessin devient plus léché et se rapproche souvent de la photographie. L’artiste semble privilégier l’équilibre des formes par rapport à l’action mais cette couverture du Vittorioso, qui date de 1951, préserve une belle dynamique de l’image.


Ses travaux se diversifient et il crée des illustrations pour des revues scientifiques. Il dessine aussi une brochure pour les Jeux Olympiques d’Helsinki, en 1952, et j’ai retrouvé ces images dont les originaux sont en vente à la boutique Fantamask.


En 1952, Caesar réalise ses premières illustrations pour Urania, un périodique de science-fiction, et il va devenir un spécialiste dans ce domaine. Ses couvertures ornent les romans de Robert Heinlein, A. E. Van Vogt ou Clifford Simak et il entame une  carrière comparable à celle de Brantonne. Son style évolue et à la place d’illustrations centrées autour d’un personnage en action, il construit des scènes plus statiques qui reconstituent l’exploration extra-planétaire. Il semble s’inspirer des peintures de Chesley Bonestell et de nombreuses couvertures montrent une planète aride sous un ciel étoilé, survolée par des fusées ou arpentée par des astronautes en combinaison spatiale. Voici par exemple ce qu’il imagine pour un roman d’A. C. Clarke intitulé les Sables de Mars.


Toutes ces couvertures sont visibles en ligne sur le site Urania et les 155 premières portent sa signature bien reconnaissable. Caesar varie son inspiration et compose aussi des scènes plus romanesques. Il aime mettre en vedette de pulpeuses héroïnes, comme par exemple dans Cristal qui songe, le fameux roman de T. Sturgeon.


La signature de Caesar se retrouve dans d’autres revues plus inattendues, comme par exemple le journal Spirou. Il n’y dessine pas de BD  mais illustre quelques rubriques rédactionnelles de 1953 à 1955. Voici par exemple une page consacrée à l’Iliade dans le N° 930.


Il n’abandonne pas le Vittorioso et continue à réaliser quelques histoires remarquables. Je ne sais pas de quelle année date lo squalo degli oceani, une nouvelle aventure sous-marine dont quelques planches ont été mises en vente par Fantamask. On y retrouve la trame du troisième épisode de Romano (Negli abessi del mare) puisqu’elle raconte une exploration scientifique au fond de la mer. Les personnages sont dessinés avec finesse et l’utilisation du lavis donne aux images un réalisme photographique.


La finition des vignettes est exemplaire et les personnages sont animés avec habileté. La mise en couleur de la planche ci-dessous est tout aussi réussie car la dominance du vert restitue l’ambiance des fonds marins. J’ai relevé que les phylactères contiennent un texte en français, et je me demande dans quel journal a été publiée cette histoire.


Dans sa production pour le Vittorioso, mentionnons aussi Roy Rones, une BD d’aviation qu’Ange Tomaselli considère comme un de ses chefs d’œuvre. Ce personnage est un pilote de l’armée américaine qui vit des aventures autour du monde et qui ressemble à Buck Danny. Plusieurs épisodes ont été adaptés dans le mensuel Garry (sous le titre Bob Roy) et ceux que j’ai vu ne me rendent pas aussi enthousiaste. Il est probable que les planches originales sont plus séduisantes mais voici tout de même deux pages tirées de l’épisode intitulé « les Robinsons du Pôle », publié dans Tenax N° 124.

A la fin des années 50, Caesar est engagé par la Fleetway, comme d’ailleurs d’autres dessinateurs italiens (Hugo Pratt et Guido Buzzelli entre autres). Bien qu’il soit un spécialiste de la bande dessinée d’aviation, il s’occupe peu de Battler Britton (consacré à la deuxième guerre mondiale) et réalise quelques récits de Dogfight Dixon qui se situent pendant la guerre de 14-18. J’ai retrouvé quelques couvertures de cette série mais je ne pense pas qu’elles soient de la main de Caesar.


A la Fleetway, Caesar est surtout le créateur de Jet Logan, une série reprise en France dans un petit format sous le même nom. Tomaselli déplore que la version française supprime quelques planches mais les deux publications ont des dimensions équivalentes (en petit format) et les dessins n’y subissent pas altération importante. Voici quelques vignettes de Jet Logan.

 
Dès cette époque, Kurt Caesar se consacre surtout à la science-fiction. Il avait déjà dessiné pendant les années 50 Nel vortice astrale dont je n’ai aucune image et il crée de nouveaux récits semblables pour le Vittorioso. On peut classer dans cette catégorie I pirati delle Rocce Rosse dont j’ai retrouvé cette planche sur un site Web (la photo est malheureusement de mauvaise qualité).


Je possède un de ces récits de science fiction en petit format et il s’intitule les Eaux profondes. Cette histoire sous-marine se déroule en l’an 2500 et elle est parue en 1981 dans Tenax (N° 123). Elle met en scène Manouk, un savant qui a construit une grande île métallique au milieu de l’Atlantique et qui y règne en maître. Une conspiration se noue contre lui pour prendre possession de la base mais il est finalement sauvé par Banner, le héros du récit qui est toujours accompagné de la capiteuse Laila. Ce récit sans originalité reste tout à fait lisible mais le dessin de Caesar me semble appauvri. Les silhouettes restent dessinées d’une main très sûre mais les décors simplifiés manquent d’un véritable pouvoir d’évocation.

 
La même remarque s’impose au sujet de Perry Rhodan.  C’est en 1967 que Caesar adapte en BD cette série assez populaire en Allemagne mais il n’en dessine que quelques épisodes. Ces histoires restent inédites en France car le petit format Perry le fantastique n’a publié que des épisodes plus tardifs et dessinés par d’obscurs tâcherons. J’ai été heureux de retrouver sur le Web une page qui est signée de sa main mais je n’y retrouve pas l’énergie des images de « Romano », la précision minutieuse des décors de « Fondo al Mare » ou la poésie sensuelle des couvertures d’Urania.


Au début des années 70, Kurt Caesar est devenue veuf et sa santé est précaire. Il vit de façon retirée mais continue à dessiner des BD comme il siluro humano. Quelques unes de ses œuvres classiques sont publiées en albums par Conti, dont le premier épisode de « Romano » et la Valle della morte mais il tombe peu à peu dans l’oubli. Il meurt en 1974 d’une crise cardiaque.

Il existe peu de textes critiques sur Kurt Caesar et j’ai déjà cité mes sources les plus importantes qui sont l’article d’Ange Tomaselli (publié dans Hop N° 51) et celui de Serge Trinchero (dans Phénix N° 6). Sur le Web, on peut trouver une petite biographie sur le site Impéria, une bonne analyse sur le blog Words and Pictures, quelques billets richement illustrés dans le blog Fumeti Classici, et quelques pages dédiées à ses illustrations pour Urania, sans compter les habituels résumés faits par Wikipédia ou Lambiek. Il n’existe pas de bibliographie complète de son œuvre, et les seules interviews ont été publiées dans de vieilles revues qui sont devenues inaccessibles. Il reste donc beaucoup reste à faire au sujet de cet auteur.

Il n’existe pas d’album en français consacré à Kurt Caesar mais je ne conclurai pas ce billet avec l’habituelle lamentation sur l‘absence de livres. Un éditeur italien a en effet publié un recueil en couleur de toutes les planches de Romano, qui n’est pas facile à trouver et que je ne vais pas tarder à rechercher. Il faudra d'ailleurs que je me préoccupe une fois de cette tendance à la collectionnite.

Par Raymond
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Lundi 1 juin 2009 1 01 /06 /Juin /2009 10:16

Peut-on faire une chronique de BD qu’on n’a pas lues, ou que l’on ne connaît que très partiellement ? J’ai envie de relever le défi même si je n’ai analysé jusqu’ici que des albums longuement médités. C’est ainsi que je ne chercherai pas aujourd’hui à trouver l’opinion la plus avisée et que je me fonderai rarement sur la connaissance du récit en entier. Je vais plutôt évoquer de façon naïve de vieux rêves de lecture, ou plutôt des fantasmes de collectionneur, en commentant quelques images éparses provenant d’un dessinateur italien presque oublié : Kurt Caesar.

 

Il a signé ses planches sous de multiples noms comme Cesare Avai, Jack Away, Corrado Caesar ou Kurt Caesar et sa personnalité mal connue a donné naissance à quelques légendes. Sa production phénoménale laisse rêveur car vers la fin des années 30, en réalisant ses chefs d’œuvre, il produisait quatre à cinq planches par semaine. Les critiques se sont longtemps égarés devant son identité incertaine et on  pouvait lire au cours des années 60 dans la revue Phénix (N°6) qu’il existait deux personnes derrières ces pseudonymes. Il a fallu plusieurs années pour corriger cette erreur et on connaît mieux aujourd’hui son histoire qui est bien résumée dans le petit site d’Imperia. La vérité est ainsi plus surprenante que la légende puisque selon ses déclarations, il est né dans une famille allemande. Il se nommait au départ Kurt Kaiser de Burtenbach et il est né en France, à Montigny-Lès-Metz, en 1908. Avant de devenir un « dessinateur italien », il fait des études en Allemagne et fréquente les Beaux Arts à Munich et Berlin puis il part sillonner le monde en tant que reporter. Epris d’aventures, il apprend à piloter les voitures, les bateaux ou les avions qu’il dessinera plus tard avec minutie dans ses BD. Après voyagé plusieurs années, il se marie en 1934 et abandonne sa carrière de globe trotter pour devenir dessinateur de fumetti.

 

« Conquérants de l’air », « As du ciel », ou « Pirates du Ciel, ses BD d’aviation me sont restées longtemps mystérieuses, d’autant plus qu’elles ont parfois plusieurs titres. Par ailleurs, les planches de Caesar sont dispersées dans de multiples revues et il n’existe aucune bibliographie complète de son œuvre. Ce n’est qu’après avoir lu l’article très documenté d’Ange Tomaselli ,paru dans Hop (N° 51), que j’ai commencé à y voir plus clair. Cette présentation enthousiaste m’a d’ailleurs donné l’envie de découvrir ses BD parues en France mais leur recherche n’a été qu’une suite de déceptions. Les grands illustrés de « l’âge d’or » sont hors de prix et les fascicules à meilleur marché (récits complets ou petits formats) ne montrent que des images de taille réduite, dont le noir et blanc est dépourvu de charme. Il m’était difficile de comprendre l’admiration suscitée par ce dessinateur jusqu’au début des années 2000, lorsque la parution du livre de Jean-Jacques Gabut, consacré à « l’âge d’or de la BD », m’a fait découvrir l’attrait de ces grandes pages publiées dans Robinson, l’As ou l’Aventureux. Depuis, je n’ai pas réussi à étoffer ma collection mais je me suis consolé sur le Web où j’ai recueilli quelques images intrigantes ou fascinantes. Elles sont rassemblées dans ce billet qui ne contient pas de révélation ou d’analyse sensationnelle mais j’ai l’espoir que cette collection d’images, qui suit de façon chronologique la carrière de Kurt Caesar, remettra ce dessinateur à sa juste place.

 

Ses premières BD paraissent en 1935 sous le nom de Jack Away ou Cesare Avai. Ce sont « Il Prigionierro » (dans l’Intrepido) et « I Due Tamburini » (pour La Risatta) qui restent inconnus en France. Selon Tomaselli, ce ne sont que les débuts de Caesar et le dessin est encore approximatif.  Je n’ai aucune d’image de « La patrouille bleu horizon » publiée en 1936 dans l’Aventureux, ou du « Corsaire de fer » qui est paru dans une revue française éponyme, mais je me souviens de ses couleurs étonnantes grâce aux images que montre l’anthologie de Jean-Jacques Gabut. La première œuvre marquante de Caesar est une histoire se science-fiction. Il s’agit des Conquérants de l’Avenir, qui parait en 1936 dans l’Aventureux et qui est signée « Caesar Away ».  Dans un journal illustré de grande taille, ces planches laissent une forte impression  (il faut cliquer l'image pour la voir en entier) .

 

L’intrigue des Conquérants de l’Avenir se déroule sur une planète Mars plus qu’improbable, et qui évoque davantage l’univers de Mongo qu’une planète du système solaire. On y découvre un récit d’heroic fantasy qui mélange sans réel souci de vraisemblance des dinosaures, des châteaux médiévaux et des armes modernes. L’intervention d’hommes ailés dans l'image ci-dessus révèle d’ailleurs l’influence manifeste de Flash Gordon. Le dessin de Caesar n’a pas encore le niveau de ses grandes réussites mais la grande taille des images met en valeur la précision des détails. De plus, les planches sont construites avec une savante asymétrie, qui ne perturbe pas la lecture et la mise en couleur souligne leur aspect spectaculaire.

    

Dès cette époque, Caesar multiplie les collaborations et il est difficile de tout suivre. Il dessine parfois cinq à six BD en parallèle et on peut mentionner rapidement son Christophe Colomb puis son Garibaldi qui n’ont jamais été traduits en français.  Il en est de même des planches documentaires publiées dans le « Journal des merveilles » (Il Giornale della Meraviglie) dont Ange Tomaselli fait un vibrant éloge. J’ai eu le bonheur de les découvrir sur le blog Fumetti Classici, que je recommande aux amateurs de vieilles BD italiennes. Caesar y manifeste un souci de perfectionnisme et ses planches soignées s’inspirent souvent de photographies. Il y a une volonté admirable de reproduire impeccablement les détails techniques ou géographiques, mais je suis frappé par l’aspect irréel de ces images.

   

Caesar s’est toujours passionné pour les avions, les armes et les voyages et cette passion semble ici se confondre avec la représentation d’un idéal fasciste. Les images du « Meraviglie » sont sensées représenter le futur, mais certaines vignettes paraissent montrer une simple guerre contemporaine.

 

Dans ce curieux mélange de machines de guerre, d’images coloniales et de constructions futuristes, on découvre finalement une utopie surannée. Caesar construit un monde de rêve et de propagande qui n’a jamais existé.

   

Quelques scènes paraissent familières mais les plus belles vignettes possèdent le charme bon-enfant de la science fiction. La rigueur technique et architecturale se mélange alors à la plus grande des fantaisies.

   

En 1937, Caesar crée dans Paperino sa deuxième grande série, Will Sparrow pirate de l’air. C’est l’histoire d’un pilote sans scrupule qui est chassé de l’aviation civile et qui devient un criminel. Elle a été publiée en France dans le Journal de Toto (Will Sparrow devient « Bill l’Albatros ») avant d’être reprise en récits complets dans les Cahiers d’Ulysse avec le titre de Pirates du ciel. Elle est aussi parue dans le journal Spirou de 1938 à 1940 sous le titre des Pirates de l’air. Le dessin de Caesar a évolué et ses personnages évoquent fortement certaines séries d’Alex Raymond, comme X-9.

 

Will Sparrow est un bandit d’envergure puisqu’il est aidé par un savant corrompu, et qu'il utilise une base secrète, des avions ou des sous-marins pour mettre en œuvre ses noirs desseins. Il affronte toutefois Dino et Dario, deux héros providentiels qui sont pilotes d’avions et qui mettent en échec toutes ses entreprises. Comme d’habitude, l’intérêt de la série repose sur le méchant qui reste fascinant malgré ses méfaits. J’ai attendu longtemps avant de pouvoir lire ces aventures puis j’ai découvert cet hiver le début de l’histoire adaptée en comic-book, avec le titre « Sky Pirates », sur le site Golden Comic Book Stories (voir la page du 20.2.2009).

 

Toujours en 1937, Caesar publie le Croisé Noir (Il Crociato Nero) en première page du Vittorioso. Il est difficile de juger la valeur historique de cette BD médiévale qui est scénarisée par Bonelli, mais elle révèle la progression du dessin de Caesar qui s’intéresse plus à ses personnages. Le grand format de ces planches et la finesse de leurs couleurs ont laissé de grands souvenirs à ses admirateurs. Là encore, je vous montre des images qui ont été mises en ligne par Fumetti Classici.

    

La deuxième planche nous révèle un Moyen-âge fantaisiste  puisqu’elle montre des soldats qui affrontent un dragon.  En France, le Croisé Noir a été publié en 1948 dans Targa comme récit complet en noir et blanc.

   

Troisième grande série de Caesar, l’Aéroport Z (I Moschietteri del Aeroporto Z) est à nouveau une bande dessinée d’aviation. Editée en 1937 dans Paperino, on la trouve en France dans L’As, puis en 1941 dans Spirou sous le titre des Conquérants du ciel. Elle raconte l’histoire dramatique d’un groupe de pilotes qui vivent autour d’un aéroport. Ils essaient de nouveaux avions et sont progressivement décimés par une série d’accidents, puis de combats contre des avions ennemis. Je n’ai pas de belles images de cette BD qui a été reprise en deux récits complets par les Cahiers d’Ulysse, intitulés les Naufragés de l’air et Terreur sur l’île. Il y a quelques années, j’ai acheté le deuxième fascicule qui a été une énorme déception. Ange Tomaselli admet que l’abondante production et la rapidité d’exécution de Caesar le conduisaient à expédier certaines planches et c’est l’explication probable de ces images médiocres. Il est difficile d’y reconnaitre le dessinateur des Conquérants de l’avenir ou de Will Sparrow.

 

La quatrième grande série de Caesar, Romano le légionnaire, est considérée comme son chef d’œuvre. Elle parait en 1938 en première page du Vittorioso et c’est une des premières grandes BD d’aviation. La beauté de ses grandes pages en couleur a marqué toute une génération de lecteurs italiens. Romano est un volontaire qui s’engage dans la guerre d’Espagne au côté des fascistes. Caesar y dessine avec réalisme les scènes de guerre et illustre avec une grande précision le fonctionnement des avions, des chars ou des mitrailleuses. Par ailleurs, bien avant Milton Caniff ou Victor Hubinon, il crée des images spectaculaires qui nous montrent les combats aériens et l’héroïsme des pilotes. Ces caractéristiques sont bien visibles dans cette planche qui est en vente sur un site Web.

   

Les francophones qui ont lu l’Espoir (d’André Malraux) éprouveront un sentiment de gêne en découvrant certaines séquences de combats, mais il faut admirer le réalisme avec lequel Caesar détaille les manœuvres du pilote fasciste avant d’abattre un avion de l’armée républicaine. Le dessinateur a d’abord été un pilote et ses images aériennes ont la force des choses vues. On peut le constater dans cette planche du Vittorioso, datée du 23 avril 1938, trouvée elle aussi sur le site Fumetti Classici.

   

Dans la page hebdomadaire suivante, Romano essaie désespérément d’échapper à ses adversaires et, à la manière d’un Jean-Michel Charlier, Kurt Caesar prend du temps pour nous expliquer ses manœuvres. Il est vrai que d’autres dessinateurs, comme Joe Kubert par exemple, ont dessiné par la suite des images plus dynamiques, mais celles de Caesar semblent plus réalistes. Selon Tomaselli, il est allé en Espagne comme correspondant de guerre et ses images ont la simplicité de l’évidence.

   

Bien qu’elle soit un outil de propagande fasciste, cette BD a tout de même été publiée en France. Elle parait dans l’As en 1938 sous le titre de l’Aigle du Ciel et Romano y subit quelques retouches. Il devient le lieutenant Martial et la guerre d’Espagne se déplace en Amérique du Sud, l’Argentine affrontant l’improbable nation « Tolima ». Je n’ai pas de belle image de l’As mais cette petite photo recueillie sur eBay montre que les qualités esthétiques de Romano y restent conservées.

 

Après la Guerre d’Espagne, Romano part à travers le monde, et semble revivre les expériences de son auteur. Sa deuxième aventure, intitulée le « Désert Blanc », l’emmène au Groenland. Caesar y utilise la documentation accumulée au cours de ses voyages et Romano explore le désert arctique à bord d’un traineau motorisé. Cette histoire parait partiellement dans l’As, avant que la guerre de 1940 interrompe cette publication. En 1949, elle est adaptée en récit complet dans Superboy et Tomaselli y dénonce un infâme « tripatouillage ». Il me semble que les images en noir et blanc gardent quand même une certaine allure.

   

Tout en dessinant Romano, Caesar continue à créer d’autres séries. C’est ainsi qu’il publie dans Topolino « Il mozzo del sommergibile », qui devient en France Jean-Marie le mousse (dans Robinson puis en récit complet). De même que Romano, cette histoire a été publiée en album pendant les années 70 en Italie. Mentionnons aussi l’Onde mystérieuse qui est publiée en 1940 dans les petits fascicules Albi Ave avant d’être traduite en 1950 dans le N°1 de Crack. Elle a été reprise dans le N° 153 du bulletin A&A du Cousin Francis et c’est une des rares BD de Caesar que je possède. Tomaselli la considère comme un travail bâclé mais je trouve que ce dessin rapide ne manque pas de style et qu’il rappelle l’ambiance de X9.

 

Le troisième épisode des aventures de Romano est une histoire sous-marine, intitulée dans les abysses de la mer (Negli abessi del mare). On le découvre capitaine d’un bathyscaphe et il cherche à récupérer des épaves dans les profondeurs de l’océan. Un quatrième épisode, il ennemico invisibile, l’emmène au Pérou où il finit par se marier avec Isa. Pendant leur lune de miel, les époux entendent à la radio la déclaration de guerre de Mussolini à la France et Romano retourne en Italie pour entrer dans l’armée. Ses aventures se poursuivent jusqu’en 1943 mais elles ressemblent de plus en plus à un reportage. Caesar s’est lui-même engagé en Lybie et il dessine tout simplement ce qu’il voit : la triste routine des missions de guerre, vécue par des hommes en uniforme dans un univers de canons, et le danger d’une nature dévastée par les explosions.

   

Mais quelle a été l’attitude de Caesar pendant la guerre ? Concrètement, il a participé à la campagne de Lybie dans l’armée allemande, aux côtés de Rommel (comme interprète) et cela peut se comprendre du fait de ses origines. J’ai tout de même des doutes lorsque certains biographes affirment qu’il était communiste et qu’il travaillait pour la Résistance. Cette information est reprise dans le Dictionnaire Mondial de la BD de Patrick Gaumer mais son œuvre dessinée semble au contraire indiquer un engagement nationaliste sans ambiguïté. En dehors de Romano, il réalise à cette époque une série de dessins au fusain qui sont rassemblés dans un livre intitulé Afrika Korps (d’ailleurs préfacé par Rommel). Cette édition est saisie par les anglais mais Caesar conserve les dessins qu’il publie 30 ans plus tard, d’abord pour illustrer un livre d’Erwan Bergot, puis pour réaliser en 1974 sa dernière BD: Poignard dans la Nuit.

En 1943, Caesar est fait prisonnier par les anglais et ses BD disparaissent des journaux pendant quatre ans. C’est la fin de la première période de sa carrière et vous découvrirez la suite dans un deuxième billet.

Par Raymond
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