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3 mai 2008 6 03 /05 /mai /2008 17:17


Il faut bien que je l’avoue, je suis un grand fan de la série les Cités Obscures.

Cette passion n’est pas née subitement, et elle résulte de plusieurs découvertes successives. Il y a d’abord eu la fascination des premières histoires de Schuiten, regroupées dans l’album Carapaces. Ensuite, il y a la parution en 1983 de la Fièvre d’Urbicande, album ambitieux et énigmatique qui a propulsé la série au premier plan. Et puis cette série a explosé au-delà de la bande dessinée, sous la forme de conférences, de films et de scénographies. C’est la visite de  l’exposition du Musée des Ombres en 1990 qui m’a définitivement emporté dans ce monde magique et énigmatique, mais j’en parlerai une autre fois. L’histoire commence avec la Fièvre d’Urbicande, et surtout par une étrange anecdote.


En 1974, le hongrois Erno Rubik invente un étrange cube, dont les 6 faces sont découpées en 9 cubes miniatures pouvant tourner indépendamment les uns des autres. Un système central d’axe permet de faire pivoter des tranches de cube dans le sens vertical ou horizontal, et les segments de surface peuvent ainsi changer de côté sans se détacher les uns des autres. Au départ chaque face du cube a sa propre couleur homogène, mais après quelques rotations, le mélange des petits cubes crée sur chaque côté une mosaïque de couleur. L’opération la plus complexe consiste ensuite à redonner au cube son aspect initial, et c’est un exercice que je n’ai jamais bien réussi.

Au début des années 80, ce casse-tête géométrique a rencontré un succès inattendu. Des millions de Rubik’s cube se sont vendus sur toute la planète, et des livres sont alors publiés pour expliquer la manipulation du cube. Ce problème mathématique, dont le but initial était didactique, est devenu de façon surprenante un passe-temps ludique et un phénomène commercial.


C'est à partir de cette cuieuse histoire que Schuiten et Peeters imaginent un conte fantastique. Dans une ville imaginaire nommée Urbicande, des ouvriers amènent chez l’architecte Eugen Robick un cube creux, dont les arrêtes sont composées d’une matière inconnue.

A la suite d’une mauvaise manipulation, les arrêtes du cube commencent à s’allonger, Elles s’incrustent dans le bureau et envahissent également la pièce. Puis les extrémités des tiges bourgeonnent, et ceci crée de nouvelles barres et de nouveaux cubes, qui forment ainsi un réseau à 3 dimensions.

Robick s’endort sur son bureau, et se retrouve le lendemain prisonnier du réseau qui remplit toute la pièce. Il constate qu’une barre lui traverse un bras et qu’il est immobilisé, mais ceci n’entraîne aucune douleur. Heureusement, la croissance du réseau lui permet assez vite de libérer ses membres. Par ailleurs, l’élargissement des cubes lui donne assez d’espace pour se faufiler entre les arrêtes et il peut ainsi échapper aux mailles du réseau.

Le réseau continue ensuite sa croissance. Il envahit les maisons environnantes, puis s’allonge à travers toute la ville. Les arrêtes des cubes forment des ponts à travers les immeubles, puis s’étendent au dessus du fleuve, reliant ainsi au sud de la ville des quartiers nord qui étaient restés isolés.

 



Cette croissance anarchique modifie l’équilibre social de la ville, et permet à la population de braver les interdits. Le réseau devient un objet subversif et crée des liens entre les individus. Robick lui-même noue une relation amoureuse avec Sophie, une voisine qu’il avait ignoré jusque là.

 

 

Les autorités de la ville réagissent et Robick est conduit en prison. Elles tentent de détruire le réseau en le bombardant avec un canon, mais les boulets ne réussissent pas à l'ébranler, et ne font qu'abîmer les maisons environnantes. La population se révolte et libère Robick . Le système politique s'effondre, et Urbicande connait une  période de liberté.


Mais le développement de la ville devient anarchique, et Robick est insatisfait. Des opportunistes s'emparent du gouvernement, et le réseau devient un enjeu commercial.  A la fin de l'hiver, le réseau reprend sa croissance, et certaines constructions (qui s'appuyaient sur ses montants) s'effondrent.  Une grande partie de la ville est en ruine.

Puis la croissance du réseau continue, et l’élargissement des cubes les amène au delà des limites de la ville. Un an après, la population d’Urbicande regarde au loin les derniers piliers du réseau qui s’éloignent vers l’infiniment grand, laissant dans leur cœur une inexprimable nostalgie.

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Published by Raymond
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