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10 mai 2008 6 10 /05 /mai /2008 08:45
En ces temps de célébration, je réalise que la BD s'est peu intéressée à mai 68. Bien sûr, l'équipe de Hara Kiri et Charlie Hebdo était proche des événements, mais ses membres ont plus raconté les conséquences que les événements eux-mêmes. En faisant quelques recherches, il me semble que le dessinateur qui en a le mieux témoigné, c'est Sempé.

On peut contester l'idée d'incorporer Sempé au monde de la BD, et il est probable que le dessinateur lui-même ne serait pas d'accord. Il préfère l'illustration pure, sans texte ni récit, mais il a aussi publié de vrais albums de BD (en particulier l'histoire de Monsieur Lambert). De plus, il utilise volontiers de petites séquences d'images pour raconter un gag, surtout dans ses premiers albums.  On trouve ainsi beaucoup d'authentiques bandes dessinées dans son oeuvre.

L'album que je vais présenter a été publié en octobre 68, soit peu de temps après les fameux événements. Il contient des impressions toutes fraîches, et certaines images semblent prises sur le vif. En fait, Sempé ne raconte pas l'histoire de mai 68, mais compose une suite de gags très imprégnés par tout ce qui vient de se passer. Je me suis permis de réarranger l'ordre de ces images pour retrouver leur chronologie. Voici donc cet album.
 
 

Tout commence avec l'image de parisiens qui marchent dans la rue, bombardés par la publicité et accablés par leurs obligations professionnelles. C'est l'époque des Trente Glorieuses et les français sont sensés être heureux.

Sempé accumule d'abord les dessins qui opposent classes laborieuses et idéal publicitaire. On comprend qu'il n'aime pas beaucoup la publicité (moi non plus d'ailleurs) et il accentue ce décalage permanent entre l'image officielle et la réalité quotidienne. Il y ajoute quelques détails de la vie des couples qui révèlent leur absence de bonheur.

C'est encore l'époque du "travail - famille - patrie ". La liberté et l'hédonisme ne sont pas des valeurs tenues en haute estime.

Puis quelque chose se passe. Au début, on ne sait pas comment le définir, car les gens continuent leurs occupations habituelles.


Des groupes se forment insensiblement. On voit des personnes qui s'arrêtent dans la rue, et qui se parlent.

Le débat s'intensifie, les idées jaillissent, l'imagination s'enflamme, et chacun a son mot à dire.


Les événements de mai surviennent, à la surprise générale, et plus rien ne sera comme avant.

Pourquoi les étudiants manifestent ils ? Ils ont tout pour être heureux! Il leur faudrait une bonne guerre !

Sempé est un chroniqueur de la société et un humoriste. Il regarde ce qui se passe, repère les petits détails qui trahissent la vérité intime, et ne cherche pas à porter de jugement. L'album est imprégné par mai 68, mais il raconte peu les événements politiques.

Seule une petite suite d'images témoigne de façon précise des événements de mai.  Tout commence par les élections de 1967, puis surviennent des manifestations.



 
Quelle image prendre pour conclure ? Pour ma part, j'aurais volontiers choisi celle là.

 
Mais ce n'est pas le choix de Sempé. Il termine son album de la même manière qu'il le commence. On retrouve des français qui marchent dans la rue, écrasés par les affiches qui promettent le bonheur.
En automne 1968, il semblait que rien n'avait changé, mis à part les images publicitaires. Nous savons maintenant que l'histoire a démontré le contraire.

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Published by Raymond
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