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18 mai 2008 7 18 /05 /mai /2008 13:49

On ne sait pas exactement quelles sources a utilisé Alexandre Dumas pour rédiger le Comte de Monte Christo. Depuis le XIXème siècle, des critiques ont relevé les similarités qui existent entre ce roman et l’histoire vraie de François Picaud, racontée dans les Mémoires tirés des archives de la police(datant de 1838) de Jacques Peuchet. L’histoire de Picaud a été publiée à plusieurs reprises, et a même été adaptée au cinéma en 1947. Ce film s’appelle  le « Secret de Monte Christo », et on y trouve dans le rôle principal l’acteur Pierre Brasseur. Le film a été adapté à son tour en bande dessinée par Georges Fronval (scénariste) et Raymond Cazanave pour l’hebdomadaire L’intrépide, avant d'être édité en album dans les années 50 chez Del Ducca.

 

Tout commence en 1845, lorsque Alexandre Dumas visite un hôtel à vendre dans la ville de Paris.

 

Il rencontre un domestique âgé qui lui raconte l’histoire de l’ancien propriétaire de l’immeuble, nommé François Picaud.

 

En 1808, Picaud est un jeune homme arrogant, fiancé à une femme riche et jolie, dont la dot va lui rapporter une rente de 100'000 Francs. Trois de ses amis, Mathieu Loupian, Gervais Chaubard et Guilhem Solari décident de se venger de son mépris, et le dénoncent à la police comme un comploteur royaliste.

 

François Picaud est enfermé à la forteresse de Pignerol pendant 7 ans. Il y sympathise avec un abbé nommé Faria, qui lui dévoile l’existence d’un trésor caché. Ils se promettent de s’aider mutuellement, mais en 1815, Faria meurt en laissant son secret à son ami. Peu après, Napoléon est renversé, et Picaud retrouve sa liberté.

 

En 1816, Picaud se rend dans une auberge près de Nîmes, déguisé en abbé pour y retrouver Antoine Allut, qu’il sait être complice des responsables de son emprisonnement. Il lui demande le nom des coupables en échange d’un diamant.

 

Mais Picaud trompe Allut en lui donnant un faux bijou. Dans l'égarement de sa colère, Allut tue le diamantaire chargé de l’expertise du diamant, et il est condamné à 10 ans de bagne.

Picaud retourne alors à Paris pour se venger des 3 coupables, en particulier de Mathieu Loupian qui a épousé son ancienne fiancée. Il se déguise au moyen d’un bandeau, et se fait engager comme serveur sous le nom de Lucher dans le café qui appartient son ennemi. Quelque temps après, les malheurs s’accumulent autour de Loupian, qui voit ses animaux périr, puis ses affaires péricliter. Picaud favorise la conclusion d’un mariage entre la fille de Loupian et un pseudo- marquis qui est en réalité un bagnard évadé, puis il dénonce ce dernier à la police. Loupian est déshonoré.

 

 Chaubard est assassiné dans des circonstances mystérieuses, puis Solari est empoisonné. Le café de Loupian disparaît dans un incendie, puis son épouse meurt, et celui-ci se retrouve seul et ruiné. C’est alors que Picaud décide de se démasquer.

 

Effrayé, Loupian s’enfuit par les toits, mais il glisse et son corps s’écrase dans la rue. Le triomphe de Picaud semble complet, car le « numéro trois » a payé. Mais l'histoire n'est pas terminée, car notre personnage est aussitôt assommé et enlevé par un inconnu. Il se retrouve prisonnier dans un cachot, et son agresseur se dévoile.

 

Allut veut connaître la cachette du trésor, et laisse Picaud enfermé dans une cave pendant plusieurs jours. Un matin, Allut redescend dans cette cave…

 

A la fin de ce récit dramatique, Alexandre Dumas décide d’acheter cet hôtel particulier. Comme il n’a pas assez d’argent, il décide de le payer avec les droits d’auteur du roman qu’il va commencer à l’instant même. Le titre de ce livre sera … le « comte de Monte Christo », bien sûr.

 

Vous l’avez compris, il s’agit d’abord d’un superbe mélodrame, inspiré d’une histoire vraie. On y retrouve de nombreux détails du roman de Monte Christo, et on se demande constamment où se trouvent la réalité et la fiction. L’utilisation d’Alexandre Dumas lui-même comme personnage du récit permet d’introduire et de conclure le récit de façon ironique, et la lecture de cet album n’est jamais ennuyeuse.

 

L’intérêt principal reste toutefois de découvrir Cazanave, créateur talentueux et souvent oublié.  Ce dessinateur maîtrise avec talent l’emploi du noir et blanc, ce qui lui permet d’accentuer une ambiance dramatique, ou de donner un aspect effrayant à certains personnages. Il dessine souvent en gros plan des personnages à la physionomie effrayante, aux yeux écarquillés ou à la mine grimaçante. Cette expression des visages donne à son style un curieux mélange de réalisme et de caricature. Cazanave utilise avec habileté cet effet mélodramatique, et on peut en découvrir un bel exemple dans cette séquence où Picaud attise les peurs de Loupian.

 

Cazanave excelle également dans la représentation des costumes et des décors. Même si il reste souvent très sobre et qu’il préfère les gros plans pour mieux servir l'intrigue et les personnages, il peut aussi dessiner des intérieurs d’appartement ou des façades de façon minutieuse et raffinée.

 

Le secret de Monte Christo n’est qu’une oeuvre mineure, mais elle est représentative du deuxième style de Cazanave, celui de sa maturité comme auteur de BD. Cet album a de plus l’avantage d’être édité en grand format (proche du 30 x 40), ce qui rend justice à un dessinateur qui soufre de la réduction de taille de ses images. Dans le Capitaine Fantôme, album que les critiques considèrent comme son chef d’œuvre, on peut ainsi regretter le format réduit de certaines vignettes, qui permet difficilement d’apprécier la richesse de détails et d'effets introduits par le dessinateur.

 

Cazanave est un dessinateur à découvrir, auteur d’une œuvre variée et prolifique. La plus grande partie de son travail a été publiée dans des revues oubliées de l’après-guerre (tels l’Intrépide, Coq Hardi, Vigor) et seuls quelques collectionneurs peuvent aujourd'hui apprécier son travail. Les curieux pourront découvrir une  bibliographie assez complète dans Hop (N° 77) ou dans Le Collectionneur de Bandes Dessinées (N° 68). Il y a aussi quelques albums, dont le Capitaine Fantôme (réédité il y a moins de 10 ans) qui est sûrement le plus facile à trouver. Si vous êtes las de la BD adulte actuelle, et que vous souhaitez changer de style de lecture, n'hésitez pas à découvrir Cazanave !

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Published by Raymond
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commentaires

Adrien 24/03/2016 07:53

Bonjour,
Je me suis passionné pour l'histoire de Picaud ces dernières années et cela a commencé avec une passion pour Dumas et le Comte de Monte Cristo. Mais spécifiquement le Comte de Monte Cristo via Gérard Depardieu version 1998 de Josée Dayan. Il est loin d’être la plus fidèle ni la meilleure version mais cela a mis le feu comme dirait notre Johnny national.
Ma passion a donné http://picaud.org (vous y trouverez « le Rapport », « l’Enquête », le roman, le scénario etc et mon projet de documentaire.

Ma maison de négoce de vin (exclusivement vendus en Chine où je vis depuis 15 ans) http://maison-monte-cristo.com
Svp, n'y voyez pas de publicité ou de nombrilisme ici car mes vins (Français) ne sont vendus qu'en Chine. Donc une publicité sans impact si je puis dire (chaque étiquette porte le nom d'un des personnages du Comte de Monte Cristo).

J'ai (et là oui, j'en suis désolé, c'est de la publicité directe, je l'avoue humblement) écrit mon premier roman (non mon premier livre) et c'est sur la vie de Picaud http://le-diamant-et-la-vengeance.com
Il y a actuellement une équipe d’apprentis généalogiste qui travaille à prouver ou non l’existence de Picaud. J’ai pour cela contacté plus d’une centaine d’indépendants et d’associations professionnelles pour les inciter à travailler sur ce projet.

Vous disiez, je vous cite "On ne sait pas exactement quelles sources a utilisé Alexandre Dumas pour rédiger le Comte de Monte Christo. Depuis le XIXème siècle, des critiques ont relevé les similarités qui existent entre ce roman et l’histoire vraie de François Picaud, racontée dans les Mémoires tirés des archives de la police(datant de 1838) de Jacques Peuchet."
En fait, on le sait très bien de la plume même de Dumas dans une publication du Comte de Monte Cristo de 1844 si ma mémoire est bonne. Vous pouvez la trouver sur Gallica. Je le précise dans un de mes petits essais "Picaud: le Rapport » comme « Picaud : l’Enquête ». Dumas a repris, quasi à l’identique, l’histoire de Picaud issue du Tome 5 des Archives de la Police que j’ai republié sur Amazon.fr (j’ai en fait republié toute la série des 6 tomes).
Tapez Adrien Beaulieu dans Google ou Amazon et vous constaterez ma passion sur le sujet.
Ma réponse est longue et j’en suis désolé. J’espère que vous ne détruirez pas ce message.

Savez-vous où je pourrai me procurer la BD sur Picaud svp ?
Bien à vous,
Adrien

Raymond 24/03/2016 12:01

Merci de toutes ces précisions.

Cette BD est épuisée depuis très longtemps, et elle est donc bien difficile à trouver. Le plus simple est de la chercher sur de grands sites de vente en ligne, comme Amazon ou eBay. C'est d'ailleurs là que j'ai acheté mon album.

Raymond 30/10/2010 11:39


Il y en a également une sur Giffey, à cette adresse :

http://lectraymond.forumactif.com/les-classiques-franco-belges-f11/rene-giffey-dessinateur-d-histoire-s-t141-15.htm


Raymond 30/10/2010 11:37


Il est vrai que nous faisons tous les deux des blogs d'images accompagnées de commentaires. La différence entre nous deux, c'est que je ne dessine pas.

Pour le Rallic, j'ai mis en ligne pas mal images sur mon forum (qui me dévore tout mon temps, c'est pour cela qu'il y a peu de nouveauté sur le blog). Vous aimerez probablement cette page qui se
trouve à cette adresse :

http://lectraymond.forumactif.com/les-classiques-franco-belges-f11/etienne-le-rallic-le-chantre-de-la-bande-dessinee-historique-t33.htm


Serge Dutfoy 29/10/2010 23:15


bonjour Raymond!
Over-blog le magicien a pensé que nos blogs avaient quelques correspondances, alors je viens jeter un coup d'oeil aux lectures de Raymond.
Et bien m'en a pris puisque le drogué d'images que je suis y trouve de quoi se rassasier.
Du virtuose du lavis comme l'illustrateur des couvertures de Nous Deux à Raymond Cazanave (que j'ai connu par Coq Hardi ce qui trahit mon âge) en passant par Peyo et Krazy Kat.
Et je suis persuadé d'avoir eu en primaire un livre de math dont les exercices étaient illustrés par Cazanave; des images fugitives qui remontent soudain!
Bravo, Raymond, et à quand un article sur Le Rallic ou Evariste?


Raymond 27/05/2008 10:44

Merci Treblig pour ton message. Je continuerais à ressortir de temps en temps de vieilles BD complètement oubliées, mais j'essaie aussi de varier les sujets.