Lundi 11 août 2008 1 11 /08 /Août /2008 07:58

Depuis mon billet sur SOS Bagarreur, certaines discussions m’ont incité à relire les séries dessinées ultérieurement par René Follet. Je m’interrogeais sur le problème de la mise en couleur. Le dessin de l’artiste peut présenter quelques difficultés pour les coloristes, et il faut relever que les rééditions récentes des Zingari ou d’Ivan Zourine sont faites en noir et blanc.

 

Après l’échec d’Alain Brisant, René Follet retourne vers des travaux d’illustration, puis il commence une nouvelle série, les Zingari, dans le journal de Mickey dès 1973. Il dessine une douzaine de récits complets de 10 pages, sur des scénarios de Delporte,  et ceux-ci ont été repris dans le journal Spirou entre 1985 et 1987. Leur mise en couleur m’avait à l’époque séduit par son élégance et je suppose qu’elle provient du studio Vittorio (qui était le coloriste attitré du journal).

 Trois récits des Zingari ont été repris en album par l’éditeur Loup. Ils sont cette fois imprimés en noir et blanc, et il faut admettre que le dessin ne semble pas avoir été conçu pour cela. Il reste gracieux et plein de mouvement, mais on y perd la représentation des volumes, et certains détails d’arrière-plan sont moins bien visibles.

 En 1973, Follet dessine Steve Severin pour le journal hollandais Eppo (sur des scénarios de Delporte puis de Stoquart). Neuf épisodes y paraissent jusqu’en 1983, et la série reste inachevée. Trois albums sont publiés par les éditions Glénat de 1981 à 1983, avec une mise en couleur que l’on peut qualifier de « fonctionnelle », c'est-à-dire peu sophistiquée. On y trouve des aplats de couleurs vives qui simplifient le dessin. Il n’y a pas de véritable préoccupation esthétique, mais pas non plus d‘erreur grossière.

 En 1974, René Follet retourne vers le journal Tintin (où il avait dessiné quelques récits complets dans les années 50) et publie Yvan Zourine sur des scénarios de Jacques Stoquart. Deux récits de 44 pages y paraissent avec une impression de qualité standard. Les couleurs sont vives et efficaces même si elles ne sont pas d’une grande finesse. Elles ont tendance à simplifier certaines images qui deviennent mieux compréhensibles.

 Cette même série a été rééditée en 2006 dans une version noir et blanc, par les éditions Des ronds dans l’O. Voici la même séquence que ci-dessus, tirée de l’album les Ors du Caucase. Les puristes apprécieront cette édition simple et élégante, mais faut-il vraiment le préciser, je préfère la version couleur.

En 1981, René Follet reprend la succession de Jean Valhardi dans le journal Spirou. Il dessine deux longs récits de 44 pages ainsi qu’une histoire courte (Dossier X)  avant que la série ne s’arrête définitivement. Les scénarios me paraissent un peu légers, mais le dessin de Follet y  est magnifique et bien enlevé. Dans ces images tirées d’un gosse à abattre, il bénéficie d’une mise en couleur simple et harmonieuse qui utilise surtout des aplats de couleurs denses, mais on trouve aussi parfois de jolis effets de dégradés.

Et voici maintenant Edmund Bell, dont Follet a dessiné quatre albums entre 1987 et 1990. Pour la première fois, le dessinateur est aidé par une coloriste, Lucie Daniels, dont le nom apparaît sur la page titre à côté des auteurs. Dans le Diable au cou, celle-ci utilise des teintes délicates, parfois un peu ternes, qui s’accordent à merveille avec l’ambiance mystérieuse du récit.

Lucie Daniels va continuer à travailler pour René Follet pendant une dizaine d’années. C’est ainsi qu’on la retrouve dans le deuxième tome de Daddy, publié en 1992. Dans l’exemple ci-dessous, elle reste dans une gamme monochrome et utilise diverses valeurs de bleu qui conviennent à merveille pour cet épisode qui se passe au petit jour. Cette coloriste sait mettre en valeur les images de l’artiste.

 

On retrouve encore la même coloriste en 1996 dans la Passion des Défis, album qui rend hommage à la carrière d’André Citroën. Lucie Daniels utilise ici une palette colorée très large, mais elle choisit toujours des couleurs douces et compose de jolis dégradés qui restituent avec bonheur les volumes.

 Ikar parait en 1995 chez Glénat, sur un scénario de Makyo. Cette série n’a connu que deux albums, et elle reste inachevée. Le coloriste anonyme utilise des aplats de couleurs claires qui me semblent sans génie, mais ce choix reste convenable pour ce récit de science fiction qui montre une planète imaginaire.

 Le dernier album publié en couleur par René Follet est actuellement Terreur. Il raconte l’histoire de Madame Tussaud et a été édité aux éditions du Lombard en 2002. Ce récit imprimé en couleurs directes rend enfin justice au talent du dessinateur. Dans l’interview  publié par On a marché sur la Bulle en  2004, Follet explique en détail sa technique. Voici ce qu’il déclare : « je réalise une mise en place sur papier léger au crayon, j’agence la disposition des cases les unes par rapport aux autres. A partir de ces projets, je réparti un crayonné qui souvent s’éloigne assez fortement du projet primitif. Au final, j’appose la couleur sur ce crayonné assez poussé ». Il précise encore qu’il travaille avec l’acrylique, et que son « ambition est d’abandonner complètement le support du contour de manière à ne procéder plus que par contraste; une couleur foncée, une couleur claire qui constituent des volumes ». Le maître ayant parlé, il n’y a plus qu’à contempler le résultat qui est magnifique.

Deux nouveaus albums ont été publiés après Terreur. Il s'agit de Shelena, édité par Casterman en 2005 avec de superbes couleurs directes, puis de L'étoile du soldat qui est sorti en 2007 chez le même éditeur. Je ne possède pas ces albums et ne peux donc pas vous montrer des images.

Pour conclure
, je voulais simplement amender les conclusions de mon billet précédent qui plaidaient pour une édition en noir et blanc de cet auteur. Les bandes dessinées de René Follet me semblent plutôt faites pour la couleur, car elle apporte au dessin plus de volume et de nuances. Cette colorisation comporte toutefois de nombreux pièges (choix erronés, simplifications abusives, épaississement du dessin) et elle ne peut pas être laissée à des tâcherons sans envergure. La réédition d’anciennes bandes dessinées en noir et blanc permet de contourner ces difficultés, et c’est d’ailleurs un choix rationnel sur le plan économique (les petits éditeurs  doivent limiter leurs frais) mais l’objectif suprême reste quand même de valoriser le travail de l’artiste. Les techniques actuelles d'impression permettent facilement de reproduire des planches avec leurs couleurs initiales. Cela pourrait être un bon choix pour une série comme les Zingari mais cette solution est moins souhaitable pour SOS Bagarreur. Comme il est difficilement imaginable de refaire la couleur de ces œuvres anciennes, la réédition des premières BD de René Follet devient un défi pour le futur, et il faut rendre hommage à ceux qui osent le relever.

Voilà ! C'est maintenant terminé avec René Follet et dans deux jours, il y aura une véritable nouvelle chronique. A bientôt.

Par Raymond
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