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13 août 2008 3 13 /08 /août /2008 08:21

Grand maître de la bande dessinée néerlandaise, Marten Toonder est aussi estimé par la critique qu’ignoré du grand public. Considéré par certains commentateurs comme le « Walt Disney européen » en raison de ses BD animalières, il a créé plusieurs séries qui ont rencontré un succès international. Il a par ailleurs fondé un studio et employé quelques uns des plus grands auteurs hollandais de l’après-guerre comme Hans Kresse, Dick Matena, Henk Sprenger, The Tjong Khing, le scénariste Lo Hartog van Banda et aussi beaucoup d’autres que je connais mal.

 

Dans le monde francophone, son œuvre a surtout été publiée dans la presse quotidienne. Son œuvre maîtresse est la longue série de Tom Pouce (Tom Poes) mais celle-ci est aujourd’hui introuvable en français. Elle a été publiée pendant 30 ans sous forme de bandes quotidiennes dans la presse régionale, et il n’existe que peu de recueils. Une série de fascicules a été publiée de 1953 à 1962 aux Editions Mondiales (petits formats assez rares et très côtés) puis un album à tirage réduit a été édité par PBDI en 1992 (le Grand Barribal qui n’est plus disponible). J’ai exploré le Web sans trouver de bandes dessinées visibles, et on ne découvre que deux ou trois sites généraux plutôt avares en images. Cette absence de publications visibles ne permet pas d’avoir une opinion sur cette série qui reste un peu mystérieuse.

 

C’est ce genre d’arrière pensée qui m’a fait acheter il y a quatre ans sur eBay un fascicule de Panda qui semblait n’intéresser personne.

J’aime découvrir les vieilles bandes dessinées oubliées, aussi bien par nostalgie (revoir les images de mon enfance) que par curiosité. Il y a aussi le goût du vieux papier, ou plutôt le plaisir de se livrer à une « exploration archéologique »  des sources de la BD. Dans le cas de Panda, il s’agissait un peu de tout cela.

 

Panda a été créé en 1946 pour le quotidien De Haagsche Courant. Cette bande quotidienne était  éditée avec le texte en dessous de l’image et elle s’est poursuivie jusqu’en 1992. La série a surtout été dessinée par divers artistes du studio, Toonder ne signant que de rares épisodes lors de ses débuts. Elle a connu une diffusion mondiale, et a bien sur été publiée dans divers quotidiens français (La voix du Nord, Le Républicain Lorrain) ou belges (La Libre Belgique, Le Courrier de l’Escaut). Cependant, c’est surtout son adaptation en récit complet par les éditions Artima qui reste dans la mémoire des amateurs francophones.

 

Artima a publié 18 fascicules entre 1957 et 1959, et on trouve un dossier précis sur cette publication dans le N° 42 de Hop.  Les images d'origine sont retouchées et on y a incorporé des phylactères. Chaque fascicule contient deux histoires de Panda à l'exception des quatre premiers et du dernier numéro qui contiennent un récit d'un autre dessinateur. Dans le numéro 16  que je possède, on trouve le document secret  (20 pages) et le petit pompier (10 pages) et je vais bien sûr commencer par vous conter la première histoire.

 

Le récit se passe dans un monde animalier dont le nom n’est pas précisé. Au départ, Panda se promène dans la rue et constate qu’il est suivi par un inconnu.

 Alors qu’il croit s'être débarrassé de son poursuivant, celui-ci l’interpelle et se présente.

Pat Ozorel souhaite engager Panda comme assistant et ce dernier finit par accepter. Ils se rendent aussitôt au Ministère des Affaires Ultrasecrètes.

Le ministre leur confie une enveloppe secrète qu’il faut amener au gouvernement des Iles Occidentales. Cela implique un voyage de 4000 km et nos personnages doivent prendre le bateau. En sortant du ministère, Panda et Pat Ozorel sont pris en chasse par deux espions qu’ils essaient de distancer. Ils parviennent péniblement au bateau.

 Malheureusement, les espions suivent Panda  à bord du bateau et  essaient de leur arracher les documents secrets. Panda se défend en renversant sur eux une pile de tonneaux. Alerté par le vacarme, le capitaine constate les dégâts et finit par croire les déclarations des espions. Pat Ozorel soupçonne le capitaine d’être leur complice et décide d’inspecter sa cabine.

Le même soir, les détectives affrontent à nouveau les espions, puis ils décident de s’enfuir du navire. Ils partent au large avec une chaloupe mais ils sont poursuivis par leurs adversaires qui ont dérobé une autre barque. Lorsqu’ils sont sur le point d’être rejoints, Panda se met à manger les documents pour qu’ils ne tombent pas aux mains des ennemis.

Panda et son ami montent dans l’avion mais le pilote emmène également les espions. La bataille reprend et Panda se remet à avaler les documents.   

Le pilote de l’avion se fait assommer et l’appareil pique du nez. Les espions sautent en parachute et Panda prend le manche pour sauver l’avion.

L’avion finit par rejoindre les Iles Occidentales où le ministre est déjà sur place. Panda ne sait plus comment piloter l’appareil et il sème la panique dans la ville qu’ils traversent.

Le pilote reprend enfin ses esprits et fait atterrir l’avion sans dommage. Panda et Pat Ozorel retrouvent le ministre qui leur avoue que les documents confiés ne contenaient aucun renseignement.

Ainsi résumée, l’intrigue semble simple et assez classique, mais la lecture du fascicule est en revanche loin d’être fluide. On découvre au contraire un rythme très syncopé car l’action principale est constamment interrompue par des surprises, des gags, des chutes ou des coups de théâtre. Il faut bien sûr rappeler que Panda était une bande quotidienne de 3 images, et qu’en bon feuilletoniste, Toonder veillait à ce que chaque strip se termine par un petit suspense. On peut vérifier tout cela sur la page 7 de cette histoire, qui nous raconte la lutte des héros contre les espions à bord du bateau.

De plus, Panda était publié avec un abondant texte sous les images  et la lecture devait certainement prendre du temps au lecteur. Voici l'exemple d'un strip de Panda publié dans un journal hollandais.
La transformation de cette bande dessinée avec des phylactères a certainement accéléré la vitesse de lecture et l’histoire a perdu son rythme initial. J’en viens à penser que Panda n’est pas vraiment conçu pour être un album traditionnel avec ballons dans les images, et l’adaptation faite par Artima n’est pas très heureuse.

 

Avant de commenter le dessin des studios Toonder, il me faut préalablement citer un texte d’Alain Beyrand, spécialiste de Marten Toonder et auteur d’un article de référence dans Hop (N° 42). A son avis, les soi-disant connaisseurs apprécient mal cette série car « pendant 30 ans, ils n’ont connu et apprécié l’art de Toonder qu’à travers ces 18 recueils de cases trafiquées, étriquées, encombrées de ballons et débarrassées (…) des profondeurs et des couleurs dues à la trame ».  Il suffit d’ailleurs de comparer les images du fascicule avec l’apparence originale de Panda ci-dessous pour confirmer cette opinion.

Malgré cette excommunication péremptoire, je me risquerai tout de même à faire quelques commentaires sur la séduction du dessin de Toonder. On est bien sûr frappé par sa rondeur, son aspect moelleux et rassurant, et ce style est peut être inspiré par Walt Disney qui était la référence incontournable des années 40. Il présente bien sûr un monde animalier dont les personnages sont bien caractérisés et qui frappent par leurs grands yeux ou leur regard intense.  Leur allure innocente attire spontanément la sympathie du lecteur. De même, les « méchants » gardent une certaine bonhommie et ne sont jamais effrayants. Les personnages sont dessinés avec nuances et, malgré leur côté « mignon », ils gardent des physionomies riches en expressions variées.  Il m’est difficile d’illustrer cela avec les images de mon fascicule Panda, mais voici par exemple une galerie de portraits que j’ai glanés sur le Web.

 Les paysages sont également construits avec précision et leurs contours sont cernés avec netteté. Dans le fascicule Panda, ils sont souvent cachés par des phylactères qui dévaluent la qualité du dessin.

 Mais d’autres images montrent que Toonder peut être un illustrateur de talent. Il n’a pas travaillé sur ce récit de Panda (le dessinateur est probablement Harry Hargreaves) mais il existe des images (signées de sa main) qui révèlent une parfaite concordance entre son art et la production de son studio. Elles confirment aussi le charme de ses dessins, tel ce paysage que j’ai trouvé sur un site Web, provenant probablement de Tom Poes & Bommel

Il existe enfin un charme propre à ces récits car ils reprennent une thématique simple et universelle. Panda est petit animal honnête qui se lance dans de multiples métiers avec bonne volonté et débrouillardise. Il rencontre souvent le renard Bonhomme (absent dans notre récit) qui commence par duper le naïf héros, puis il se fait aider par un « maître » généralement gaffeur qui provoque de multiples catastrophes. Malgré tous ces avatars, Panda finit par vaincre les obstacles, car le bien et la morale triomphent toujours.  Cette éternelle victoire de l’innocence sur la perfidie s'associe à un humour permanent qui renforce bien sûr la sympathie produite par cette série.

 

Je ne me risquerai pas plus loin dans l’analyse après la lecture de ces 30 petites pages. Un livre de référence a été écrit par Alain Beyrand en 1987. Cela s’appelle « Marten Toonder l’enchanteur au quotidien » et j’ignore s’il est encore disponible. Le même auteur a par ailleurs écrit le petit dossier que l’on trouve sur Pressibus et je vous recommande de le consulter.

 

Précisons qu’après cette petite lecture « archéologique », je ne me suis pas précipité sur le web pour trouver d’autres fascicules de Panda. Cette série a certainement du charme, mais elle a aussi vieilli, et  il est probable que  Marten Toonder ne sera lu dans le futur que par des collectionneurs nostalgiques ou des intellectuels curieux (je me prononce évidement sur le monde francophone et pas sur les Pays-Bas).  Elle mériterait d’être lue dans un support qui respecte son format et ses qualités initiales mais je ne vais pas toujours répéter mon habituel couplet sur l’absence d’albums (il est regrettable qu’on ne trouve même pas quelque chose sur le Web). C’est au fonds le destin de la plupart des grands fondateurs de la BD que d’être ignorés par notre siècle,  car qui a lu en France les œuvres de Dante Quinterno, d’Antonio Rubino ou même de Richard Outcault (même si son Buster Brown a été réédité il y a une vingtaine d’années). Le grand public n’a pas encore un regard culturel sur le 9e Art et c’est bien regrettable.

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Published by Raymond
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commentaires

Raymond 29/08/2008 09:25

Vasco : L'album qui se trouve au bout de ton adresse, c'est LE GRAND BARRIBAL, dont je parle brièvement au début de ma chronique. C'est une aventure de Tom Pouce publiée à 300 exemplaires en 1992. C'est je crois une édition de bonne qualité et l'album est épuisé. Le prix s'explique en conséquence !

david t 28/08/2008 23:01

totoche, j'ai peut-être mal compris l'explication de delporte mais il me semblait que kauka prétendait que cette oeuvre était de lui -- ce qui en ferait certainement un plagiat -- ou en tout cas que son adaptation était paru sans autorisation. mais tu as raison, ce n'est pas aussi clair que je le prétends; il faudrait que je relise les passages incriminants.

vasco 28/08/2008 22:07

C'est rageant de ne pas trouver un peu de choses sur cet auteur en France ; il m'a toujours fait rêver, du moins les quelques vignettes que l'on pouvait voir de ses "espèces de BD" sous titrées.
Il y a eu une édition d'un album en français (fait par la "nouvelle république du centre" dans les années 80), hélas je ne l'ai jamais vu.
C'est peut-être lui que l'on peut acheter ici (lien à rallonge made in Hollande):
http://www.marktplaats.nl/index.php?url=http%3A//boeken.marktplaats.nl/stripboeken/172166118-toonder-met-bommel-en-tom-poes-in-het-frans.html

Totoche 27/08/2008 14:48

David T >
Yvan Delporte explique en fait, dans la version intégrale de "QRM/QRN sur Bretzelburg" que "dans la version allemande réalisée les Editions Kauka, le général Schmetterling (rebaptisé Ivan Sovniet) parle avec un lourd accent russe (...)" (je crois que les allemands ont traduit ainsi également "Astérix et les Goths") et que "non content de donner une couleur politique à l'histoire de Franquin, l'éditeur prend pour lui la paternité des histoires", en fait parce qu'il a tout simplement traduit les noms de "Lucky Luke, Buck Danny, Benoit Brisefer" par le nom des personnages qu'il a créés ("Fix und Foxi", "Lupo"...).
Quoi qu'on pense de la qualité de l'œuvre de Kauka, on ne peut pas parler, dans ce cas, de plagiat (à moins que vous ne fassiez référence à autre chose ?).

Raymond 26/08/2008 09:34

C'était un bon achat. Tu ne dois pas le regretter ;-)
Pour ma part, je me suis rattrapé avec l'intégrale Rombaldi, qui se vendait en solde dans les années 90 (j'avais alors plus de moyens). Là aussi, on trouve la version intégrale de "QRN"