Aujourd'hui, je ne me sens pas gai, et pourtant je dois parler de Gotlib.
(C'est pas gagné)
C’est un phénomène qui revient de façon cyclique, cette mise en scène télévisuelle de la faim, de la guerre ou de
la misère. Au début, les journalistes sont assez sobres et encore intimidés par le drame. Le présentateur lit son texte avec quelques trémolos dans la voix.
(Ouais, mais tu
ne dis toujours rien sur Gotlib)
Il y a toutefois les professionnels de la profession, ceux qui
contemplent sur place et qui écrivent des livres. Bon, je ne vais pas faite le mauvais esprit. Il faut bien lutter contre la misère et il est un peu facile de critiquer la
télévision.
(Alors, ça vient
ces commentaires sur Gotlib)
Peut être que les journalistes n’osent plus nous refaire ce numéro aujourd’hui
? Peut être même que tout le monde s’en fout ! Il y a 40 ans, à l’époque du Biafra ou de Bengla Desh, c’est pourtant ainsi que cela se passait.
Gotlib (ENFIN) l’avait bien senti à cette époque, dans une inénarrable Rubrique à Brac
(ça y est, tu es enfin dans le sujet. Ne le lâche pas)
Dans « Ma vie en
vrac », le livre d’entretiens recueillis par Gilles Verlant, Gotlib avoue sa dette envers celui qui l’a incité à faire une BD plus adulte. Voilà
ce qu’il déclare : « sans Goscinny, il n’a aurait jamais eu d’Hamster Jovial ni d’Echo des Savanes. Aux auteurs de Pilote, il ne cessait de répéter : Allez-y, racontez !
Avancez ! Cherchez ! Et quand on raconte, on ne peut pas piétiner. On évolue jusqu’au moment où on atteint les confins de ce qu’on peut raconter dans un cadre précis » C’est
ainsi que tout a commencé, que Gotlib a osé dépasser la plaisanterie ou la parodie, à parler de lui-même, du monde qui l’entoure, de l’actualité.
(Ouais, continue !)
Au début des années 1970, Pilote était le journal BD de référence. C’était
la revue qui bouge, et on y trouvait les meilleures séries du moment, mais au-dessus de tout cela, il y avait Gotlib, notre complice. Il était toujours dans l’air du temps, capable d’une
semaine à l’autre de nous faire rire, de raconter ce que personne n’osait dire, et de nous attendrir.
(OK ! C'est élémentaire )
Peut-on rire de tout ? Probablement pas, mais derrière chaque discours
sérieux, il y a toujours une faiblesse, une posture un peu forcée, voir même un léger ridicule qui mérite d’être fustigé. Gotlib avait cette sensibilité qui lui permettait de pointer le snobisme,
et de dépister l’artificiel. Il était notre porte-parole !
(C’est bon, ça, coco)
On ne se méfie jamais assez des humoristes.
Comment imaginer par exemple qu’une image anodine, une petite caricature de publicité (faisant d’ailleurs référence à d’anciens gags) puisse devenir la première étape d’un processus de
dérision. C’est avec cette image en effet que commence l'escalade satirique.
(Attention ! Trop de généralités !)
Pilote voulait rester apolitique et limité à l’humour, mais Gotlib osait
parfois évoquer des sujets considérés comme de mauvais goût dans un journal pour enfants. (Mauvaise phrase) A
l’époque, ce regard caustique et indépendant nous a fait croire que la BD était en train de trouver un style adulte.
Gotlib aimait beaucoup les Beatles, et il a suivi attentivement leurs carrières après leur séparation. Il ne pouvait pas
oublier que Georges Harrison avait enregistré un disque consacré au Bengla Desh, et c’est ainsi que le brave Georges se retrouve parodié impitoyablement dans cette séquence.
(Développe ! Développe !)
Un « beauf » qui commet un jeu de mot douteux, c’était dans le fonds une
observation fréquente dans la France de Pompidou. Mais en caricaturant ce type d’humour, c’est également de lui-même que Gotlib se moque, puisque c’est le genre de gag qu’il multiplie
dans laRubrique à Brac. Il déclare d'ailleurs dans le livre de Gilles Verlant : « Mon bonheur n’a jamais été de dessiner, c’était de raconter des conneries ». C'est ainsi
qu'il ose faire des calembours dans ce sujet dramatique, mais plus que jamais, le message important apparait au second degré.
(Tu comprends ce que tu racontes ?)
Il y a aussi dans cette histoire l’esprit d’une époque, qui était déjà dominée par
les médias, la publicité et la télévision.
(Attention, tu t'éloignes de Gotlib)
Gotlib pouvait-il se mettre en
colère ? On a parfois de la peine à le croire, tant il se montre humble, affable, plein d’humour et critique envers lui-même dans ses
interviews. Ses dessins nous montrent cependant une sensibilité plus acerbe, et un regard qui peut être impitoyable.
(Ouais !)
Quelle est la place de l’humour dans ce
récit ? Faut-il saisir les gags au premier degré, pour en condamner la superficialité ou la cruauté, ou alors les apprécier au second degré, en ayant un peu honte de s’amuser avec cette
histoire ?
(Tu digresses, tu digresses)
Plus le gag est grossier, et plus Gotlib se sent à l’aise. Il aime le calembour, la
parodie et les gags absurdes, parce qu'en même temps, il ne cherche pas à être joyeux. Dans le livre de Gilles Verlant, il avoue qu’il vivait alors une période de dépression, et on peut
penser que son humour relevait de ce que Boris Vian appelait la politesse du désespoir
(Bof, Boris Vian, c'est un peu trop
facile )
On pourrait critiquer le manque de
respect, et craindre que l’humour favorise la banalisation d’une tragédie. C’est oublier que la satire peut être le meilleur moyen de convaincre et de dénoncer les faux-semblants
(Encore des généralités ! Et Gotlib, alors !)
Dans ce mélange de comique et de sérieux, les gags font à peine sourire. Ils
deviennent des clins d’œil amicaux. On apprécie surtout cet humour qui se moque de l’humour, cette critique d’un type de plaisanterie avec lequel on ne sympathise pas.
(Oui ... certes ... mais tu devrais parler de Gotlib !)
Mais l’auteur ne s’exclut pas dans cette
critique. La satire s’étend ainsi au journal et même aux lecteurs les plus jeunes. Peut-on rire de tout, écrivais-je ? Mais bien
sûr, puisque nous voilà à rire de nous même.
(Aïe, la prise de tête)
Le temps favorise la banalisation, et même
les nouveaux drames nous apparaissent comme des caricatures.
(Tu oublies Gotlib ! Gotlib ! GOTLIB !)
Oui, il y a des oublis qui relèvent de la honte.
(Bon, chu paumé, là, va falloir que je rattrape le coup)
Gotlib, c’est un frère, un ami, un poteau.
(C'est mieux) C’est le mec qui dit ce qu'il faut quand il faut ! Gotlib avec nous ! C'est le meilleur ! Touche pas à Gotlib ou t’auras
affaire à moi. Tous ceux qui aiment Gotlib devraient se donner la main, ne serait-ce que pour éviter de se quereller pour pas grand-chose !
(Qu’on se le dise !)
(Bon, c'est un peu râté. J'aurais dû parler de la coccinelle, et de
l'humour au deuxième degré, qui n'est pas si facile à reproduire, d'ailleurs)
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