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17 mars 2009 2 17 /03 /mars /2009 07:13
 J’ai trop analysé de chefs d’œuvres ces derniers mois, et il me semble que le blog devient excessivement sérieux. Ce n’était pas mon envie initiale car je souhaitais rendre hommage à des BD très variées, sans rien exclure. Il est encore temps de corriger cela et je vais cette fois me consacrer à un simple comic-book, sans analyse savante ni réflexion distinguée. J’ai ainsi choisi Adam Strange, œuvre sans prétention et vieille série de SF qui garde encore un certain charme.
J’avoue savoir peu de chose sur ce vieux « serial » que j’ai découvert par hasard, il y a  trente ans, en achetant de vieux journaux dans un marché aux puces. Il y avait dans le lot quelques exemplaires de Monde Futur, une revue éditée par Aredit qui contenait des récits complets de ce personnage.
 J’ai trouvé le dessin gracieux et les scénarios totalement futiles, et j’ai vite délaissé ces fascicules qui ont fini au grenier. J’ai ultérieurement réalisé que cette BD était dessinée par Carmine Infantino mais cette information n’a pas bouleversé mes priorités. En ce temps là, j’étais captivé par l’explosion créative de la BD franco-belge et l'intérêt de ce comic book me paraissait bien ténu.

L’utilité d’un grenier, c’est bien sûr d’y faire des retrouvailles et c’est grâce à cela que j’ai pu relire Adam Strange il y a quelques semaines. Ces courtes histoires (9 à 12 pages) se sont révélées encore plus décérébrées que dans mes souvenirs, mais cela rejoint tout à fait mon envie actuelle de futilité.

 

Rappelons qu’Adam Strange vit sur la Terre et qu’il est régulièrement touché par le mystérieux rayon Zeta, qui le « télétransporte » vers la lointaine planète Rann. C’est là qu’il rencontre le savant Sardath, l’inventeur du rayon, et la belle princesse Alanna dont il est tombé amoureux. Le rayonnement n’étant que temporaire, Adam Strange retourne sur Terre aussitôt que les effets de celui-ci disparaissent. Ainsi, chaque histoire est immuablement rythmée par les allers retours du héros entre les deux planètes, mais pendant les quelques heures de son séjour sur Rann, Adam trouve bien sûr le temps de sauver la planète ou de vaincre un super-bandit de l’espace. Au début du récit qui s’intitule « la Bête venue d’un autre monde », Adam Strange  est encore sur Terre et il espère revoir sa bien-aimée.

Le rayon n’arrive pas au moment programmé et Adam Strange désespère. Il doit attendre huit jours avant le contact suivant, prévu au dessus de l’océan Atlantique. Une semaine plus tard, tandis qu’il survole l’océan grâce à son propulseur dorsal, il est touché par le rayon Zeta qui le transporte aussitôt sur Rann.

Adam retrouve enfin la belle Alanna. Je réalise en revoyant ces pages combien les couleurs sont pénibles, mais attachons nous plutôt au récit. Dans les bras d’Alanna, Adam apprend que huit jours plus tôt, un monstre d’aspect reptilien a été transporté à sa place vers la planète. Il détruit les maisons de la ville et croque tout ce qu’il trouve.

 Strange essaie d’apprivoiser l’animal lorsqu’un deuxième danger vient menacer la planète. Les habitants de la planète Sfar viennent d’envoyer une bombe. Les péripéties se succèdent mais il faut avouer que ce n’est pas palpitant. Ce qui compte vraiment, c’est bien de revoir Adam en tête à tête avec Alanna.
Adam Strange décide d’utiliser le lézard affamé qui a la capacité de renvoyer les projectiles dans l’espace, mais le monstre disparaît en même temps que l’effet du rayon Zeta. La tension monte lorsqu’une deuxième bombe est envoyée vers Rann depuis la planète Sfar. Strange décide de partir en fusée à sa rencontre, et tout cela est en fait bien ennuyeux. Heureusement, Infantino dessine les images que nous espérons : Adam Strange est toujours là, debout, en face d’Alanna, les yeux dans les yeux. 

Je ne m’attarderai pas sur les péripéties insignifiantes qui s’ensuivent. Adam se dirige vers la bombe dans l’espace, il la fait sauter et sauve la planète Rann, puis il essaie d’échapper à la chaleur de l’explosion. Le dessinateur n’y consacre que trois vignettes et tout cela est bien sûr sans intérêt. L’important, c’est d’arriver au dernier acte de cet épisode, lorsqu’Adam a terminé sa mission. Il peut enfin se consacrer à son amour mais le rayon Zeta perd inexorablement sa force et le renvoie sur la planète Terre. Adam est à nouveau seul dans la nuit étoilée et fixe tristement le ciel.

D’un point de vue historique, Adam Strange est un des premiers comic-book de science fiction paru en France et il semble avoir laissé un souvenir ému aux lecteurs des années 60. Certains critiques (comme Jean-Pierre Dionnet) vantent la beauté de cet univers extra-terrestre mais je pense aujourd’hui que la fascination des lecteurs provenait d’autre chose. Dans le court récit que je viens de présenter, les auteurs décrivent davantage les sentiments des personnages que leurs aventures spatiales. Les tentatives du héros pour apprivoiser le lézard géant ou arrêter la bombe venue de l’espace sont expédiées en quelques images, tandis que ses têtes à tête avec la princesse nous sont présentés avec insistance. L’intérêt n’est pas de savoir comment Adam sortira vivant de ses exploits héroïques (puisqu’il s’en sort toujours) mais bien de suivre la progression de sa relation avec Alanna. Cette incertitude amoureuse m’apparait bien être le ressort narratif principal, et si cette ficelle a souvent été utilisée dans les séries de super-héros (à commencer bien sûr par Superman), Adam Strange l’exploite avec plus de méthode. Au fond, ces réunions et séparations mélancoliques sont plus proches de Juliette de mon cœur que de Buck Rogers, et la science-fiction y devient presque un simple décor. Adam Strange m’apparaît ainsi comme un superbe « soap opera » à grand spectacle.

A la fois savant et homme d’action, Adam Strange est un héros conventionnel sur lequel je ferai peu de commentaire. Le personnage qui fascine, c’est bien sûr Alanna, princesse d’un autre monde qui ressemble à une actrice hollywoodienne. S’il fallait lui trouver un modèle, j’évoquerais volontiers une beauté pulpeuse comme Ava Gardner ou, mieux encore, Gene Tierney, celle que Darryl Zannuck appelait « la plus belle femme dans l’histoire du cinéma ». C’est probablement par cette ressemblance qu’Alanna me fascine, et je suppose qu’il en était de même pour les « ados » des années 60. 

Les scénarios de Garner Fox ne semblent pas mériter d’amples commentaires, mais on peut souligner l’habileté du dessin de Carmine Infantino qui donné à la série un cachet particulier. Dessinateur prolifique, il se contentait de faire les crayonnés en laissant la mise à l’encre à divers assistants, tout comme le faisait Jack Kirby. Infantino semble éviter les effets spectaculaires et il n’a pas laissé le souvenir d’un style facilement identifiable mais, dans Adam Strange, l’encrage lisse et classique de Murphy Anderson souligne l’élégance souveraine de ses personnages. Qu’il les dessine en mouvement, avec le corps légèrement incliné vers avant (comme des danseurs) ou dans une posture immobile, le buste redressé avec fierté, il leur donne toujours une certaine grâce. Ses images semblent dédaigner toute audace (il se situe en cela à l’opposé de Jack Kirby) et ses illustrations restent sagement au service de l’action. Il y a chez lui un sens de l’esthétique et de la mesure qui le rapproche des anciens maîtres du comic strip comme Hal Foster ou Alex Raymond.

 

Après qu’Infantino ait abandonné la série au cours des années 60, le dessin d’Adam Strange a été repris par Lee Elias et la série s’est poursuivie de façon continue dans les publications de la DC. Pendant les années 1980, le diabolique Alan Moore essaya de redynamiser tout cela en imaginant que la population de la planète Rann était stérile et que le rôle d’Adam Strange était d’être un fécondateur. Je n’ai pas lu ces épisodes iconoclastes où le scénariste, désolation suprême, fait mourir Alanna après qu’elle ait donné naissance à une fille et, dans le fonds, je ne le souhaite pas. Les successeurs de Moore ont par la suite ressuscité Alanna et ces errances dans le scénario sont la plus sûre indication que la saga est parvenue à une période de décadence.


N’étant pas un vrai connaisseur des comic book, je n’aurai pas la tentation d’étaler ici ma science. On peut trouver quelques infos sur Adam Strange mais elles sont très dispersées dans l’espace du Web. La première référence qui me vient à l’esprit est le blog du Cousin Francis, écrivain de science-fiction qui a de plus édité un album à petit tirage qui regroupe les premiers récits d’Infantino. Wikipédia présente un résumé succinct de l’histoire de ce personnage mais la page la plus intéressante me semble être due à Mike Grost dont l’article contient une liste complète et un résumé de l’intrigue des 30 premiers épisodes. Dans son sujet dédié à Strange, le forum Pimpf propose une intéressante liste des traductions françaises d’Adam Strange, bien plus complète en tout cas que celle de Comic VF.  Une interview de Carmine Infantino peut être lue sur le site de Comics Journal, tandis que le site officiel de ce dessinateur a malheureusement peu d’intérêt. Signalons que Phénix a autrefois publié dans son N° 15 (en 1970) un bel article de Jean-Pierre Dionnet  sur Infantino puis dans son N° 31 (en 1973) une brève interview. Ce dessinateur est aujourd’hui oublié en Europe, mais il semble garder un certain prestige aux USA.

 

Pour lire Adam Strange en français, il faut collectionner d’anciens petits formats nommés Sideral, Big Boss, Green Lantern ou Monde Futur, mais peut être est-il encore possible de commander l’album du Cousin Francis. Les puristes préféreront bien sûr les comic book américains, ou plus simplement la nouvelle intégrale de la série publiée par DC. 

Voilà ! J’admets avoir parlé d’une BD infantile et je vous promets que, par souci d’équilibre, ma prochaine chronique sera dramatiquement sérieuse. Adam Strange ne passionne plus les foules et c’est probablement normal. Je n’essayerai pas d’en faire la propagande mais cette « oeuvrette » peut encore se lire avec une curiosité amusée et les plus sensibles pourront même s’y faire prendre au piège du feuilleton. Et puis, les irrécupérables naïfs et les adolescents dans l’âme pourront toujours y retrouver le merveilleux désespoir d’Adam Strange lorsqu’il fixe les étoiles, de même que cette frustration juvénile d’être éloigné de sa bien-aimée par une distance de plusieurs années lumières. Il y a des images que l’on ne se lasse pas de regarder.

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Published by Raymond
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commentaires

Raymond 31/12/2009 17:23


Merci du message. Il va falloir que je me remette à écrire sur mon blog (je suis un peu trop pris par le forum, hélas).


François 29/12/2009 14:27


Bien au chaud dans mes favoris, je me suis régalé à la lecture de ce blog.
J'ai découvert Rann et la merveilleuse Alanna en 1960 ou 61. Conquis d'office (dans Sidéral, l'épisode du robot). Presque 50 ans plus tard, en relisant ces vieux"pulps", je retrouve toujours la
même magie... Autre chose que de la nostalgie. Alors que maintenant, j'estime bien souvent que les Anticipations (que j'avais aimé à l'époque) ne valent que par les couvertures signées Brantomme,
là on est touché par cet amour impossible. Du très bon Space Opéra !
Dans l'épisode du "démon de poussière" c'est Alanna, la poor lonesome "cow-girl"... Toujours dans l'épisode des Robots, il offre des glaces à des enfants pour qu'il ne soient pas téléportés à sa
place... Une anecdote : une nuit de cauchemars (début d'insolation) j'ai combattu toute la nuit avec elle dans le robot...
La faire mourir, quelle abomination ! Même un Klingon n'oserait pas !
Inutile de dire, que chaque mois je guettais les Artima en espérant un nouvel épisode. Pour moi, cela reste toujours un chef d'oeuvre, par delà le mur du temps.
Merci Raymond !


Raymond 30/03/2009 18:24

Oui, c'est vrai qu'il y a eu beaucoup de dessinateurs après Infantino. Murphy Anderson a un dessin très classique et je me souviens de son Buck Rogers qui n'est pas mal, ou de son Superman qui m'a laissé plutôt indifférent. J'avoue m'être peu intéressé à ce dessinateur qui est certainement un bon artisan. Le monde du comic book est vaste !

Raymond 30/03/2009 18:23

Oui, c'est vrai qu'il y a eu beaucoup de dessinateurs après Infantino. Murphy Anderson a un dessin très classique et je me souviens de son Buck Rogers qui n'est pas mal, ou de son Superman qui m'a laissé plutôt indifférent. J'avoue m'être peu intéressé à ce dessinateur qui est certainement un bon artisan. Le monde du comic book est vaste !

Sébastien 30/03/2009 13:29

Beaucoup d'épisodes ont été déssinés par Murphy Anderson, qui est à mon avis encore plus talentueux que Infantino...